Nueva ReCIT, 7 (2023) Facultad de Lenguas, Universidad Nacional de Córdoba, Argentina
ISSN 2618-1940
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Portrait du statut des traducteurs et des interprètes officiels en Colombie
Overview of the Status of Sworn Translators and Interpreters in Colombia
Juan Felipe Zuluaga Molina
Grupo de Investigación en Traducción y Nuevas Tecnologías
Facultad de Comunicaciones y Filología
Universidad de Antioquia
Resumen
En Colombie, l’intérêt envers la traduction et l’interprétation à des fins officielles connaît un essor sans
précédent aux niveaux universitaire, professionnel et corporatif. Au cours de la dernière décennie, des
associations, des règlements et des initiatives ont vu le jour, ce qui a permis de faire avancer les réflexions
sur ces professions, ainsi que les plaidoyers pour leur reconnaissance et leur visibilité. Le présent article
vise à contribuer aux réflexions académiques sur la matière en mettant à jour le profil démographique des
professionnels de ces domaines en Colombie. À cette fin, nous discuterons certaines des données récoltées
au moyen d’un sondage mené entre 2019 et 2020 auprès de 200 traducteurs et interprètes officiels dans le
cadre d’une étude de cas sociologique de nature mixte plus ample (Zuluaga, 2020a). Les résultats s’alignent
à ceux des études préalables au sujet de l’hégémonie de certaines langues sur la scène traductionnelle
colombienne et la répartition plus ou moins équilibrée des hommes et des femmes exerçant la profession.
Par ailleurs, comme éléments de discussion supplémentaires, nous avons analysé des aspects liés à la
distribution démographique des traducteurs en tenant compte de nouvelles variables telles que la
représentativité des langues dans cette distribution, ainsi que le manque de littératie et la pauvreté dans des
régions il n’existe aucun ou très peu de traducteurs officiels pour répondre aux demandes sporadiques
de ce service.
Mot-clés: traduction et interprétation officielles, traduction assermentée, statut du traducteur, traduction en
Colombie
Abstract
In Colombia, the interest in sworn translation and interpretation is experiencing unprecedented growth at
the academic, professional and corporate levels. Over the past decade, associations, regulations and
initiatives have emerged, which have made it possible to advance reflections on these professions, as well
as advocacy for their recognition and visibility. This article aims to contribute to academic reflections on
the subject by updating the demographic profile of professionals in these fields in Colombia. To this end,
we will discuss some of the data collected through a survey conducted between 2019 and 2020 among 200
official translators and interpreters as part of a larger sociological case study of a mixed nature (Zuluaga,
2020a). The results align with those of previous studies on the hegemony of certain languages on the
Colombian translation scene and the balanced distribution of men and women practicing the profession.
Moreover, as additional elements of discussion, we analyzed aspects related to the demographic distribution
of translators considering new variables such as the representativeness of languages in this distribution, as
well as the lack of literacy and poverty in regions where there are none or very few official translators to
meet the sporadic requests for this service.
Key words: official translation and interpretation, sworn translation, status of the translator, translation in
Colombia
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1. Introduction
Si certaines professions ont une forte incidence sur la société, leur statut n’est pas pour autant
bien défini dans les imaginaires et les échanges sociaux. En Colombie, c’est le cas, entre autres,
de la traduction et de l’interprétation. Malgré leur présence depuis plusieurs siècles sur le territoire
colombien, ces deux professions demeurent «invisibles» (Quiroz et coll., 2015 ; Zuluaga, 2020b ;
Zuluaga et Tamayo, 2021). Or, la Recommandation de Nairobi émise en 1976 (UNESCO), ainsi
que la Charte du traducteur (FIT, 1994), préconisent la protection du travail des traducteurs et des
interprètes à l’échelle mondiale. Ces documents témoignent de l’engagement des différents États
membres (dans le cas de la Recommandation de Nairobi) et de la Fédération internationale des
traducteurs envers la protection de ces professions par la mise en place de plusieurs mesures se
concentrant sur leur visibilité. Cependant, après une observation partielle des différentes actions
développées par les États membres et les associations, on peut constater le manque d’une lecture
et d’une application efficaces de ces recommandations et de la Charte dans les pays latino-
américains tels que la Colombie, entre autres.
Cela dit, des aménagements ont déjà été entrepris par des pays comme l’Argentine, il
existe une loi protégeant le travail des traducteurs
1
et des interprètes, ou bien dans certains pays
européens ou nord-américains où ces professions jouissent d’un statut beaucoup mieux établi. La
question de l’importance du travail des traducteurs et interprètes dans les pays latino-américains
commence donc à prendre son essor (Livio, 2000; Stejskal, 2003), ce qui fait bousculer les
différentes associations et rassemblements de traducteurs et d’interprètes autour du monde.
Pour examiner l’état des lieux en Colombie, il faut d’abord mentionner que les voies d’accès
à la profession sont insuffisantes et, dans certains cas, controversées. Traitons d’abord l’accès à la
profession par le biais d’une formation universitaire. En Colombie, seul un diplôme universitaire
de 1er cycle en traduction (des langues européennes, soit le français et l’anglais) est offert, et ce,
uniquement à l’Universidad de Antioquia; cet établissement démontre décidément un intérêt pour
la formation de traducteurs et d’interprètes (Gómez, 2019). Par ailleurs, on déplore la disparition
des formations de 2e cycle universitaire dans le domaine au pays, par exemple celle offerte par
l’Universidad de la Sabana à Bogotá dans les années 1990. De nos jours, les offres de formation
universitaire de 2e cycle en traduction et en interprétation en Colombie sont peu nombreuses : trois
institutions seulement en offrent, à savoir, l’Universidad de Antioquia, l’Universidad del Rosario
et l’Universidad Autónoma de Manizales trois masters en traduction ou en interprétation font
partie de l’offre académique depuis plusieurs années. Tout comme les offres de formation
professionnalisante, les travaux de recherche traductologique sont peu nombreux (voir réflexion à
ce sujet dans Giraldo et coll., 2021, p. 710). En fait, l’existence de seulement six groupes de
recherche est une preuve de la faible représentation de ce secteur dans le milieu universitaire et
dans la société. Un fait qui n’est pas isolé : en Colombie, il n’existe que deux associations
regroupant les traducteurs et les interprètes, à savoir, l’Asociación Nacional de Traductores e
Intérpretes Oficiales et l’Asociación Colombiana de Traductores, Terminólogos e Intérpretes.
1
Dans le présent article, le genre non marqué, c’est-à-dire le masculin, quand il est employé pour désigner des
personnes, renvoie à des personnes de tous genres.
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Nonobstant, la formation universitaire n’est pas la seule voie d’accès à ces professions.
Quoique controversée, une autre voie s’avère nécessaire et utile pour rendre visibles les traducteurs
et les interprètes, ainsi que mettre en valeur leur rôle indispensable pour la réalisation de certaines
démarches administratives. Il s’agit de l’obtention du titre de traducteur et interprète officiel
2
(TIO), qui, tel que discuté par Stejskal (2001), est l’une des voies d’accès à la profession qui montre
une inégalité professionnelle «légale» incontestable, car, d’emblée, elle n’oblige les candidats à
avoir ni une formation en langues ou en traduction ni de l’expérience professionnelle dans le
domaine. L’examen pour l’obtention du titre de TIO vise toute personne voulant exercer ces
professions dans des contextes dits « officiels » et leur travail ne devient visible pour le grand
public que lorsque certaines démarches administratives légales ou institutionnelles couvertes par
la loi exigent des traductions certifiées. Ces situations montrent déjà un premier rapprochement à
la compréhension des conditions actuelles de travail de ces professionnels et dessinent leur
panorama.
Un autre aspect important à traiter est l’existence de très peu de normes ou de règlements
concernant directement les traducteurs et les interprètes dans le contexte colombien. D’abord, il
faut dire qu’on fait mention quasi exclusive au traducteur officiel (Quiroz et coll., 2015). On doit
cette mention au fait que, selon les recherches effectuées, il n’y a que deux lois faisant référence
aux professionnels et à la profession en général. De plus, comme on peut le remarquer sur ladite
législation, la terminologie utilisée pour désigner ces professions demeure floue, ce qui aide à
expliquer la confusion, voire l’incompréhension de la fonction menée par les TIO, car elle découle
de la difficulté à définir le travail réalisé par ces derniers. On a tendance à allier à tort les notions
de traducteur et d’interprète ; on dit traductor oficial (traducteur officiel) mais parfois on dit
intérprete jurado (interprète juré) (un statut inexistant au pays), et ainsi de suite. Par ailleurs, on
peut constater dans la liste de plus de 165 normes
3
compilée par Quiroz et coll. (2015) qu’il n’existe
ni loi ni projet de loi visant à protéger le travail du traducteur. Si bien d’autres conclusions peuvent
être dégagées après l’observation de ce phénomène social, aux fins du présent travail, nous nous
contenterons de dire que le statut légal du traducteur en Colombie est toujours en plein chantier
(Quiroz et coll., 2013).
Or, le manque de reconnaissance du travail des traducteurs en Colombie est évident. Il est
pertinent de se pencher sur la réflexion initiée par Venuti (1995) qui soutient que le traducteur est
plutôt un « réécrivain ». Dans cette perspective, il faut reconcevoir l’importance que prend le
traducteur littéraire dans la (re)production d’une œuvre (Basalamah, 2008). Or, si bien le
traducteur serait, d’après Venuti (1995) et Gómez (2010), un acteur indispensable dans les
2
Nous utilisons le terme traducteur et interprète officiel (TIO) pour désigner toute personne ayant ussi l’examen
administré par certains établissements colombiens autorisés (d’après la loi 962 de 2005) attestant de sa compétence
pour offrir des services de traduction et d’interprétation à des fins officielles telles que les traductions certifiées de
documents émis par les gouvernements ou les établissements éducatifs (certificats de naissance, diplômes, etc.) ou
l’interprétation à la cour de justice, entre autres. Ce titre offre des points de comparaison possibles avec ceux de
traducteur/interprète assermenté ou traducteur/interprète agréé dans d’autres pays. Or, en Colombie, l’attestation est
fournie pour l’exercice des deux professions, alors que dans certains contextes l’agrément est accordé aux traducteurs
et aux interprètes séparément.
3
Les normes sont de libre consultation sur la plateforme
http://grupotnt.udea.edu.co/recursosTNT/index.php/normatividad (en espagnol seulement).
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échanges et réécritures d’un texte, un manque de reconnaissance de la part des éditeurs et des
écrivains demeure. Cette idée est développée aussi par Cachin (2007), qui fait l’état des lieux de
la situation en France et qui constate les nombreux plaidoyers des traducteurs auprès des éditeurs
pour que le nom des traducteurs apparaisse sur les couvertures des livres. Ce questionnement se
montre comme une conséquence des statuts juridique et social puisqu’il relève d’une
méconnaissance de l’incidence des actions du traducteur dans les différents processus littéraires et
académiques (Basalamah, 2008).
Dans cet article, nous nous proposons de présenter et de discuter des données statistiques
générales liées aux TIO en Colombie. Il s’agira de présenter un sondage mené dans le cadre d’une
recherche qualitative utilisant la méthode d’étude de cas sociologique (Zuluaga, 2020a). Cette
contribution répond au besoin de mettre à jour les données au sujet de l’état actuel et historique
des TIO sur le territoire national colombien, à la lumière d’autres contributions sur la question
(Quiroz, Gómez et Zuluaga, 2013 ; Quiroz et Zuluaga, 2014 ; Quiroz, Zuluaga et Gómez, 2015 ;
Zuluaga et Quiroz, 2018 ; Zuluaga, 2020b ; Zuluaga et Tamayo, 2021).
2. Tour d’horizon de la traduction et de l’interprétation à des fins officielles en Colombie
Dans cette section, nous présentons un aperçu des aspects démographiques et de
l’organisation générale de la traduction et de l’interprétation à des fins officielles en Colombie.
Pour ce faire, nous nous servons de certaines données récoltées par le biais d’un sondage réalisé
auprès de 200 TIO en Colombie. Le sondage a été alisé dans le cadre d’une étude de cas
sociologique plus ample, menée par Zuluaga (2020a) en 2019-2020 et ayant inclus des répondants
de tous les coins du pays et compilant des informations de diverses sources : la gislation sur la
traduction et l’interprétation à des fins officielles, des entretiens semi-dirigés avec des TIO, entre
autres. Aux fins de cet article sur le profil actuel des TIO en Colombie, nous ne présentons que
certaines des données issues du sondage de Zuluaga (ibid.) et nous organisons l’information de
manière descriptive en ajoutant des analyses en dialogue avec les études menées auparavant sur
cette thématique.
2.1. Aspects démographiques et organisation de la traduction et de l’interprétation à des fins
officielles
Les données obtenues des répondants permettent de brosser le portrait suivant des TIO en
Colombie :
60 % sont des femmes
70 % habitent au département de Cundinamarca, où se trouve la capitale du pays
30 % sont nés à l’étranger
50 % sont âgés de 50 ans et plus
70 % travaillent de l’anglais vers l’espagnol
90 % sont en exercice et ceux qui ne le sont plus sont âgés de 65 ans et plus
60 % ont obtenu la certification à l’Universidad Nacional à Bogotá, 30 l’Instituto
Electrónico de Idiomas et 10 % à l’Universidad de Antioquia
60 % exercent une profession complémentaire à la traduction et à l’interprétation
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30 % ont été certifiés entre 2010 et 2019, et 30 % entre 1990 et 1999
10 % détiennent une certification similaire dans un autre pays.
Dans la section suivante, nous discuterons davantage certaines de ces données purement
démographiques.
2.2. La question des langues représentées
Tout d’abord, il existe une représentation et une présence très bien définies et, dans certains
cas, hégémoniques, de certaines langues sur la scène traductionnelle en Colombie. Dans une
réflexion sur le comportement de la traduction littéraire dans le monde, Heilbron parlait en 1999
de la centralisation et de l’hypercentralisation de certaines langues et de leur forte influence sur
l’activité traductive dans le contexte éditorial et littéraire. Les observations de l’étude d’Heilbron
ne sont pas très différentes de celles que nous faisons sur la traduction et l’interprétation à des fins
officielles en Colombie. La figure 1 ci-dessous sur la répartition des TIO sous le critère linguistique
montre qu’il existe une langue hégémonique sur la scène traductionnelle colombienne, soit
l’anglais, accompagnée de deux autres présentes à moindre échelle, soit le français et l’italien.
Figure 1. Répartition des traducteurs sondés par Zuluaga (2020a) par langue de certification.
Ce qui est évoqué ci-dessus permet de s’interroger sur la possibilité (ou plutôt,
l’impossibilité) d’accéder aux services d’un TIO dans des langues périphériques, voire centrales
(dans les mots d’Heilbron, 1999), qui ne sont pas représentées sur cette scène. En fait, en d’autres
termes, on voit que sept TIO sur dix travaillent dans la combinaison anglais-espagnol et seulement
un sur dix exerce la profession dans une langue autre que l’anglais, le français ou l’italien. Ce
premier élément éclaircit également les aspects descriptifs du scénario « officiel » de la traduction
et de l’interprétation en ce qui concerne la représentation des langues sur le marché et le panorama
du comportement des langues orales non officielles en Colombie.
Dans l’ouvrage « Estatus actual del traductor en Colombia » (Statut actuel du traducteur en
Colombie) paru en 2015, Quiroz, Zuluaga et Gómez traitent le sujet des langues dans le contexte
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de la traduction et de l’interprétation à des fins officielles, et indiquent que le portugais, par
exemple, se situe au 5e rang des langues de certification des TIO (p. 40) et que l’arabe ou d’autres
langues importantes sur la scène internationale ne sont pas représentées parmi les TIO sondés (plus
de 600).
2.3. Au sujet de l’année et de lieu de la certification
Concernant l’année de certification des TIO, nous avons également observé deux tendances
dans des réponses obtenues : 1997 et 2018 ont connu un pourcentage important des certifications
(voir la distribution bimodale de cette variable dans la figure 2 ci-dessous). Ces deux tendances,
ainsi que la répartition générale des années de certification qui sont présentées dans cette variable,
nous amènent à penser, à un niveau historique, aux éléments sociaux et culturels importants pour
la société qui ont marqué l’essor de la certification en traduction et en interprétation à des fins
officielles en ces périodes; pourtant, étant donné que le questionnaire ne traitait pas cet aspect en
profondeur, nous nous contenterons de souligner ces deux moments saillants pour les certifications
au pays et nous invitons d’autres chercheurs ou groupes de travail à analyser les explications
derrière ces évènements.
Concernant cette première analyse, il est important de noter que plus de 60 % des
certifications de l’échantillon ont été obtenues entre 1990 et 2010. Malgré cela, étant donné que
l’écart-type de cette variable d’intervalle est de près de 12 points, il est important de mettre en
évidence la fenêtre historique et la diversité du profil des informateurs et, en même temps, de
fournir quelques clarifications aux lecteurs sur la diversité des réponses. Le tableau 1 et la figure
2 rendent compte d’une première approche descriptive de ce qui a été dit ci-dessus.
Figure 2.
Répartition des traducteurs sondés par décennie de certification.
Dans une étude menée par Zuluaga et Tamayo (2021) au sujet de la période de certification
des TIO en Colombie, des informations comparables appuient l’hypothèse selon laquelle cette
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variable devrait être analysée en profondeur ; en effet, d’après les chercheurs, des différences
significatives du point de vue statistique sont observées lorsque cette variable a été comparée à
d’autres variables démographiques (voir p. 611 et p. 614).
Période de certification
1960 - 1969
1
1970 - 1979
4
1980 - 1989
31
1990 - 1999
54
2000 - 2009
38
2010 - 2019
69
Tableau 1. Répartition des traducteurs sondés par décennie de certification.
Pour ajouter aux données sur l’année de certification, les TIO ont également été consultés
sur le lieu de certification. Comme mentionné précédemment, seules deux institutions fournissent
le service de certification actuellement : l’Universidad de Antioquia à Medellín et l’Universidad
Nacional, au campus de Bogotá. Cette dernière est le lieu de certification le plus important d’un
point de vue descriptif, ayant fourni la certification à
57 % des TIO de l’échantillon sondé. L’Universidad de Antioquia, quant à elle, a fourni la
certification à seulement 6 % de l’échantillon. Un autre fait saillant, qui peut être utilisé pour une
analyse ultérieure, est que 37 % de l’échantillon était certifié à l’Instituto Electrónico de Idiomas,
où le service de certification n’est plus offert, et ce, depuis l’année 2000 environ. La figure 3 rend
compte des données susmentionnées.
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Figure 3. Répartition des TIO sondés par lieu de certification
Il convient d’ajouter les informations sur le lieu de l’obtention de la certification. Selon les
informations préliminaires de la recherche bibliographique, au cours du processus de cette
recherche, il a été constaté que ce ne sont pas seulement ces trois lieux qui ont fourni depuis la
création de la figure TIO, la certification aux répondants. Certains de ces derniers, surtout ceux
qui ont obtenu la certification avant l’année 1982 (année dans laquelle, par le biais du Décret 722,
on donne la responsabilité à l’Instituto Electrónico de Idiomas, pour faire passer des examens),
commentent dans le sondage que c’était bien le ministère de la Justice ou le ministère de
l’Éducation nationale qui ont géré le processus de certification en donnant un examen très différent
de celui qui est administré actuellement.
2.4. La question de la «(non-)disponibilité»
Concernant la disponibilité, c’est-à-dire la possibilité d’engager les services d’un TIO en
Colombie, il est important de noter que 96 % des traducteurs sondés sont actifs dans la prestation
de services. Ces données contrastent avec le fait que les 40 % restants sont des personnes qui, pour
la plupart, sont âgées de 65 ans ou plus. En effet, à cet égard, lorsque les TIO ont été consultés sur
leur tranche d’âge, nous avons constaté qu’environ 60 % de l’échantillon était dans une tranche
d’âge supérieure à 50 ans et que seulement 32 % avaient moins de 45 ans. De manière générale,
les données démographiques concernant l’âge des TIO sont révélatrices dans la mesure elles
rendent compte de l’avenir à moyen terme de l’activité rémunérée et des tendances générales sur
différents aspects qui ne pourraient être considérés que par la tranche d’âge dans laquelle ils se
trouvent, leurs compétences technologiques, la participation à des syndicats ou même la
participation à la fiscalité, entre autres. La figure 4 montre mieux la répartition selon les tranches
d’âge des TIO sondés.
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Figure 4. Répartition des traducteurs sondés par tranche d’âge (tranches de 5 ans).
2.5. La question géographique
À ce sujet, il est important d’analyser trois éléments géographiques supplémentaires pour
alimenter la discussion : les lieux de naissance, de résidence et de certification (ailleurs qu’en
Colombie). En explorant les résultats du sondage, nous avons constaté qu’environ un quart des
répondants en Colombie sont nés à l’étranger. Cette première observation parle d’éléments qui, du
point de vue théorique, pourraient donner lieu à des analyses et des discussions autour des concepts
de bilinguisme, de la formation, de l’influence de l’origine pour prendre des décisions concernant
la participation à l’examen, de préférence de directionnalité lors de l’exercice du métier, entre
autres. À cette même information, il convient d’ajouter que près de la moitié des TIO sondés sont
nés à Bogotá (93 TIO) et que parmi les autres villes représentatives pour la présente discussion se
trouvent Barranquilla, Medellín, et Cali (7); neuf, huit et sept TIO y sont nés, respectivement.
La question géographique peut devenir cruciale dans la description du comportement des
professions de traducteur et d’interprète dans un pays, car elle peut montrer le niveau de centralité
existant dans les contextes politique, social, économique et même culturel ; elle peut également
refléter des éléments liés à l’éducation et à la présence de langues non autochtones sur les
territoires. La figure 5 montre, par exemple, que les TIO en Colombie ne sont aucunement présents
sur plus de la moitié du territoire, autrement dit, dans des gions entières comme les « llanos
orientales » ou l’Amazonie, l’offre de traduction ou interprétation à des fins officielles est nulle.
Cette question relative à la distribution géographique des TIO en Colombie avait déjà été explorée
dans d’autres études similaires comme celle de Quiroz, Gómez et Zuluaga (2013) les chercheurs
indiquent que, suite à l’analyse effectuée sur la base des données de TIO du ministère colombien
des Affaires étrangères, la plupart sont situés à Bogotá (67,86 %), suivi de Medellín, Carthagène
et Cali. Les chercheurs concluent, à ce sujet, que :
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[...] la plupart des traducteurs se concentrent sur trois centres de production qui sont aussi, en quelque
sorte, des centres intellectuels en Colombie (sauf dans le cas de Carthagène qui est plutôt un centre
touristique). Ces chiffres coïncident avec le PIB colombien en 2012, distribué comme suit : 24,4 %
pour Bogotá ; 13 % pour Antioquia (Medellín) ; 13 % pour Valle (Cali); et 4,2 % pour Bolivar
(Carthagène). (pp. 179-180, notre traduction
4
)
Ajoutons à cette discussion la question des niveaux de bilinguisme espagnol-anglais et
d’analphabétisme au pays par régions
5
. On remarque par exemple que les régions ayant moins de
TIO sont également celles ayant le taux de bilinguisme espagnol-anglais le plus faible et le taux
d’analphabétisme le plus élevé, selon les récents rapports nationaux. La directionnalité est une
question importante et même définitoire du comportement de la modalité de la traduction et de
l’interprétation à des fins officielles (Zuluaga et Tamayo, 2021). Plus de 60 % du travail mené par
les TIO est effectué vers une langue supplémentaire différente à l’espagnol, ce qui indique un
intérêt, en même temps, par changer, par exemple, la manière dont nous observons ou considérons
le profil linguistique des TIO et la façon dont le grand public comprend leur travail (ibid., p. 612).
4
“…la mayoría de traductores se concentran en los tres centros de producción y, de cierto modo, centros intelectuales
de Colombia (salvo Cartagena que es un centro turístico), cifra que concuerda con el aporte del PIB de Colombia en
el 2012, distribuido así: Bogotá (24,4%), Antioquia (Medellín), 13%, Valle (Cali), 9,4% y Bolívar (Cartagena),
4,2%.” (pp. 179-180).
5
Le taux d’analphabétisme en Colombie pour 2018 était de 5,1% (El Tiempo, 5 février 2021).
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Figure 5. Répartition géographique des TIO sondés (n=200) par ville de naissance.
La forte densité de TIO nés à Bogotá ou à l’étranger est également un élément contrasté qu’il
convient d’observer au regard du fait que l’exercice de la profession est concentré, en termes
descriptifs généraux, à Cundinamarca (où se trouve la capitale Bogotá). Lorsqu’on observe les
habitants de cette gion en pourcentage, on constate que 70 % des TIO, soit 128 des 200
répondants, y habitent. Ce 70 % des TIO montre un contexte clair d’agglomération ou de
centralisation du marché. Il devient donc important de le revoir quand on constate que, dans la
plupart des cas, pour les langues qui ne sont pas centrales, mais périphériques selon le montant de
l’offre de traducteurs, les TIO qui couvrent la demande dans ces langues y sont établis.
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Figure 6. Répartition géographique des TIO sondés (n=200) par ville de résidence.
Cette analyse donne lieu à de nouvelles questions méritant une analyse plus approfondie, à
savoir : qu’advient-il des éléments de base du marché de l’offre et de la demande dans les coins
du pays l’offre dans certaines langues est inexistante ? Comment relire la traduction dans le
pays à la lumière de ces éléments démographiques quantitatifs de base ? Quel impact cela a-t-il
sur le marché de la traduction que certains endroits, malgré leur flux important d’immigrants,
n’aient pas de TIO qui y demeurent ? Les figures 7, 8, 9 et 10 offrent une vue d’ensemble de la
répartition par naissance et résidence des TIO ayant répondu au sondage.
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Figure 7. Répartition en pourcentage des TIO sondés par département de résidence.
La comparaison entre les figures 7 et 8 permet de constater le déplacement des professionnels
vers le centre du pays ou, en général, la concentration de TIO au centre du pays. Et cela se passe
même si la plupart des formations universitaires de 1er et 2e cycles sont offertes dans des régions
différentes à Bogotá, où résident plus de la moitié des TIO. À quoi répond le manque d’offres de
formations universitaires en traduction et en interprétation dans une région qui concentre plus de
la moitié du marché ?
Figure 8. Répartition en pourcentage des TIO sondés par ville de naissance.
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Pour achever cette analyse démographique relative aux aspects géographiques, observons
qu’environ 90 % des TIO sont certifiés uniquement en Colombie et qu’environ 10 % seulement
sont certifiés aussi dans d’autres régions comme l’Amérique du Nord: aux États-Unis (8) et au
Canada (1) ; en Europe (5) ; ou ailleurs en Amérique latine (2). La figure 9 montre sur la carte la
concentration de traducteurs agréés dans un autre pays.
3. Conclusion
Dans cette contribution, nous avons présenté les données statistiques descriptives de la
distribution démographique des professionnels exerçant la traduction et l’interprétation à des fins
officielles en Colombie. L’objectif premier en a été de renseigner le lecteur sur l’état actuel de ces
professions au pays. À cette fin, nous avons présenté des données récoltées lors de quelques études
préalables, dont l’étude de Zuluaga (2020a), pour décrire la manière dont la profession est
représentée actuellement.
Les résultats obtenus grâce à cette étude reflètent des informations déjà relevées auparavant
sur la traduction et l’interprétation à des fins officielles. D’une part, la prédominance du sexe
féminin dans cette modalité coïncide avec celle de la profession en général en Colombie (voir
Giraldo et coll., 2020 ; ou Quiroz, Zuluaga et Gómez, 2015) et dans d’autres pays ou régions, par
exemple en Europe (Fundación Italia Morayta, 2017 ; Lozano, 2011) ou au Québec
6
. D’autre part,
les langues et la disponibilité des traducteurs et interprètes officiels (TIO) dans certaines langues
indiquent aussi des informations cruciales pour comprendre le panorama linguistique des langues
orales non officielles sur le territoire colombien. Observons, par exemple, que des langues voisines
(comme le portugais) ne comptent pas sur une représentativité similaire à des langues comme
l’italien ou le français, même si, au cours des dernières décennies, il y a eu un intérêt concret du
gouvernement pour augmenter les relations commerciales avec le Brésil. Le sujet de la distribution
des sexes dans la profession reste lisible et comparable avec les réalités des autres latitudes ; ce
qui n’est pas le cas pour la distribution des TIO dans les langues représentées dans cet échantillon
où des langues plus proches de l’espagnol comme le portugais ne représente que 2 % TIO.
L’étude des éléments démographiques et géographiques liés au profil des TIO demeure
d’intérêt pour la recherche traductologique. D’ailleurs, même si la question de
l’hypercentralisation de la profession avait déjà ésujet de réflexion dans cette modalité de la
traduction et de l’interprétation en Colombie, on a pu constater qu’il s’agit d’un élément plus
profond et allant au-delà d’une description du profil du TIO : elle devient une composante
principale de la catégorisation du comportement du marché et du contexte organisationnel de la
profession en Colombie. Le fait que, par exemple, le développement académique de cette activité
rémunérée demeure ancré dans des villes comme Manizales ou Medellín fait ressortir la perte de
l’intérêt des institutions à la capitale nationale à contribuer à la formalisation des processus et à la
formation de la relève.
Nous espérons que cet article saura contribuer à la discussion sur le statut des TIO en
Colombie et à la réflexion sur les démarches à suivre pour valoriser ces professions en grande
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Le numéro 144 du magazine Circuit est consacré à la « profession : traductrice » et souligne la prédominance du
sexe féminin parmi les membres de la profession (Circuit, 2019).
Nueva ReCIT, 7 (2023) Facultad de Lenguas, Universidad Nacional de Córdoba, Argentina
ISSN 2618-1940
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demande au pays, ainsi que pour augmenter l’offre de programmes de formation de qualité pour
des futurs experts de la traduction et de l’interprétation à des fins officiels
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